Transformation 24 : Le retour (Yi Jing)

Article mis à jour le 14/04/2026 | Transformations

L’accomplissement ultime de soi est le retour à la source, au Soi. Inversement, l’éloignement du Soi conduit au sentiment, paradoxal, d’être éloigné de soi. Le temps venu, toute chose fait retour à sa source. Dès lors, l’éloignement du Soi, avec les désagréments qu’il engendre, suscite le désir conscient de se retrouver. Ce désir passe le plus souvent pour un appel à se réaliser dans le monde. Cependant, il s’enracine plus profondément dans ce qui en est à la fois la source et le principe d’attraction du retour. En ce sens, ce retour ne se force pas. Il se reçoit dans le silence du « je », et non dans les tentatives externes de se trouver. De cette réception émerge un dynamisme d’accomplissement ajusté au centre.

Percevoir ce mouvement avec justesse et l’accueillir au moment opportun suppose qu’une certaine distance à l’égard des désirs personnels et mondains se soit établie. Cette distance rend possible une perception non déformée de la situation. Il devient alors possible de se rendre disponible à ce qui, du réel même, se donne comme principe de l’agir à venir, et d’en discerner l’orientation. Il s’agit ensuite d’en accompagner l’éclosion, d’en soutenir le déploiement sans hâte ni précipitation, de manière continue, jusqu’à sa stabilisation.

La transformation s’opère à travers les règles suivantes :

Le moment du retour est celui de la réalisation du Réel. La marque de cette réalisation est l’étonnement de son oubli. Mais cette réalisation n’achève pas pour autant le processus de retour, elle en marque le commencement.

Il est possible de se sentir limité dans l’accès à ce mouvement de retour. Dans ce cas, le retour puise à une double sagesse, interne et externe. La sagesse interne consiste à contenir le mouvement naissant du retour, dans une présence suffisamment stable et réceptive pour en permettre le déploiement. La sagesse externe procède, dans la mesure du possible, de la fréquentation d’êtres d’expérience, dont la présence, par simple rayonnement, soutient et oriente le retour.

L’insuffisance de moyens, tant internes qu’externes, peut entraîner anxiété et instabilité, sources d’erreur. On cherche alors à provoquer le retour par la force, alors qu’il se reçoit. Le retour se perd, puis se reprend. Tant que cette erreur ne s’est pas fixée, un réajustement demeure possible : retrouver une attitude d’accueil, celle de qui se reçoit, avec persévérance.

En situation d’isolement, ou lorsque l’environnement ne soutient pas le mouvement, il importe de demeurer dans la direction juste. La pratique répétée donne naissance à une intuition qui préserve de l’égarement. La voie du choix propice consiste à demeurer intérieurement orienté vers le centre, et à agir selon ce qui est approprié, au moment opportun et de manière ajustée.

Au temps du retour, la lumière de la source met en évidence des impulsions désordonnées. Il importe de ne pas s’y laisser entraîner, mais de demeurer dans une attention équilibrée, laissant apparaître l’orientation. Le mouvement de retour procédant de la source, il s’agit de rester flexible pour en suivre les indications, sans céder à ce qui en détourne.

Enfin, laisser passer le temps du retour, c’est s’exposer à l’infortune. Ne pas reconnaître ce moment conduit à agir à contretemps : vouloir ensuite le précipiter ou tout maîtriser mène inévitablement à l’échec. Ce qui était naissant n’a pas le temps de prendre forme. Ce n’est qu’en réordonnant ses désirs à cette attraction que le retour peut à nouveau s’opérer.

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Patrick Bertoliatti

Souscription

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